33| Développer on énergie par la respiration

Dès que le mental, ou les émotions, ou le corps vous appellent, vous distraient vous pouvez revenir à la respiration. Elle fait le lien entre ces trois plans et nous permet de revenir ici et maintenant.

Une technique pour développer son énergie, si on s’endort, est de visualiser son corps qui s’enracine dans la terre. Des racines partent du bas de notre corps pour s’étendre dans le sol.

En même temps on peut imaginer le crâne qui serait comme un capteur qui recevrait l’énergie cosmique

Et entre les deux nous respirons de tout notre corps. Chaque inspire semble remplir notre corps comme si celui-ci était vide. Nous pouvons même amplifier cette sensation de remplissage d’énergie en visualisant que nous inspirons par tous les pores de la peau.

Notre corps devient de plus en plus lumineux et plein d’énergie.

Inviter la cloche

Inviter la cloche est une expression employée par le maître zen vietnamien Thich Nhat Hanh :

Le son de la cloche nous rappelle que nous devons nous concentrer sur notre respiration et revenir à nous-même.
Le son de la cloche est la voix du Bouddha qui nous incite à toucher la joie et la paix à l’intérieur de nous-même.

On invite la cloche une première fois pour entamer votre méditation, puis une seconde fois pour la clore.

C’est une bonne idée de placer une cloche dans un lieu […] de la maison. N’importe qui pourra inviter la cloche dans un moment de grande tension. Et d’un commun accord, chacun, au son de la cloche s’arrêtera et fera trois respirations conscientes avant de revenir à ce qu’il faisait.

En respirant et en écoutant la cloche, vous prenez profondément conscience d’être vivant. Être vivant est magique. Respirer est un miracle.

(Thich Nhat Hanh – Commencer à méditer, conseils pour pratiquer chez soi – 2014 – Pocket)

Pourquoi vivons-nous dans un monde si difficile ?

On a vu ce qu’était la terre de bouddha pour un bodhisattva : les êtres qu’il doit aider, sauver, amener à l’éveil. On a vu que la clé du chemin du bodhisattva est la pureté de l’esprit obtenue par une succession de clarification de l’esprit comme les 6 paramitas. Et quand l’esprit du bodhisattva est pur, sa terre de bouddha est pure. Pourtant si nous vivons dans une terre de bouddha, la réalité semble bien difficile, abrupte, violente et peu « pure ». C’est la réflexion que se fait Shâriputra, un disciple de Bouddha. Il se demande si le Bouddha a eu des pensées encore impures en tant que bodhisattva car cette terre de bouddha est loin d’être pure !

Mais le Bouddha connaissant la pensée de Shâriputra lui demande « Est-ce parce que le soleil et la lune ne sont pas purs que les aveugles ne les voient pas ? ». De cette métaphore on peut déduire que la cause de la non-vue des astres en revient au handicap de l’aveugle. Bouddha répond que de la même manière la cause des difficultés de ce monde en revient aux êtres qui le composent et le voient ainsi. Si en tant qu’êtres vivants sur cette terre, nous étions capables de voir sa beauté, elle nous apparaîtrait immédiatement. Mais nos troubles émotionnels, mentaux, relationnels font que nous la voyons perturbées. C’est notre vision égotique, avide qui nous fait voir le manque et qui crée toute cette violence.

Un bouddha au coeur pur (nommé Chignon Spiralé) dit à Shâriputra que lui-même, perçoit bien la pureté de la terre du bouddha Shâkyamuni. Alors que si Shâriputra, ne voit qu’une terre faite avec des ravins, des épines, des gravillons, c’est à cause de son esprit qui a encore des hauts et des bas. Le bodhisattva puise son aspiration dans cette sagesse des bouddhas, détachée de tout égocentrisme, cela lui permet d’agir avec chaque être animé d’une manière impartiale.

Le Bouddha presse alors un orteil sur le sol. Aussitôt, aux yeux de Shâriputra, l’univers apparaît sans voile, merveilleux, rempli de fleurs et de merveilles.

Face à tous les désordres importants que nous pouvons vivre maintenant (chômage, pauvreté, terrorisme) l’important est de ne pas laisser notre esprit s’emporter sur un plan émotionnel comme certains partis politiques, certaines institutions, les médias voudraient nous y entraîner. Mais de toujours garder à l’esprit qu’en même temps qu’il y a cette violence, il y a aussi la possibilité de voir le monde tel qu’il est, dans sa beauté. C’est ce qu’en physique quantique on appelle les états superposés : un même état quantique peut posséder plusieurs valeurs pour une certaine quantité observable.

32| Le présent de la respiration

Présent a deux sens dans notre langue française. Celui de l’instant que l’on vit comme celui de cadeau. La respiration, en méditation, nous offre les deux acceptations du terme. En effet c’est un cadeau qu’elle nous fait, car lorsque nous l’observons, sans attente, nous sommes dans l’instant présent, nous ne pouvons être ailleurs, puisqu’elle n’est que là.

Alors à chaque inspiration, recevez ce magnifique cadeau de vie, ce présent.

31| Laissez-vous respirer

Continuez à suivre votre respiration, mais seulement de la suivre, sans lui donner d’impulsion particulière. Laissez-la vivre sa vie naturellement, laissez-vous respirer. Simplement l’observer, la suivre, y revenir quand on perd le fil, sans jugement ou critique. Calme et attentif. N’attendez rien, ne rejetez rien. Mushotoku dit-on dans le zen : sans objet, sans but, sans esprit de profit. Simplement la joie de se sentir respirer et d’être attentif et attentionné à cette respiration.

Les pensées ne sont rien qu’un apparaître et un disparaître vides

« Même les désirs et les convoitises sont une manifestation de la force vitale ; c’est pourquoi il n’est simplement pas nécessaire de les éviter et d’essayer de les anéantir. Cependant il ne faudrait pas [… qu’ils ] nous dominent et nous remplissent entièrement car alors la vie s’effrite.

Il n’y a qu’une chose qui importe, c’est que notre vie ne doit pas être assombrie par des pensées. Considérons toutes nos pensées et tous nos désirs comme des éléments vitaux mais laissons-les dans leur cadre et ne nous laissons pas violenter par eux.

[…] Celui qui exerce le zazen (méditation assise) arrive de tout son coeur à l’expérience que les pensées ne sont rien qu’un apparaître et un disparaître vides, sans arrière fond réel. Cependant vous ne saurez pas le comprendre facilement si vous ne faites pas très sérieusement du zazen.

[…] Si le zazen devient une partie de nous-même, c’est-à-dire de notre vie entière et quotidienne, alors nous ne sommes plus dominés par des fantasmes qui, autrement, viennent et s’en vont. »

Kosho Uchiyama Roshi

Les sûtras bouddhistes

Dans le bouddhisme, il y a fondamentalement deux façons utiles pour pénétrer les enseignement du Bouddha. Un est la pratique de la méditation et l’autre est la lecture des sutras. Mais certaines personnes mettent l’accent sur la valeur de la pratique de la méditation au détriment de la lecture des sutras bouddhistes. Dôgen1, un grand maître zen, qui pourtant mettait en avant l’importance de la pratique de zazen2, n’était pas d’accord avec ce point de vue. Il estimait que la lecture sutras avait beaucoup de valeur et qu’il était nécessaire de les lire.

Cela peut surprendre de vouloir et de conseiller se plonger dans des textes qui ont presque plusieurs milliers d’années. Mais si le Dharma est venu jusqu’à nous c’est grâce à des humains qui ont pénétré ces textes pour que leur vie irradie jusqu’à nous. L’enseignement du Bouddha, le Dharma, ne peut donc exister sans les écritures. Malgré tout dès qu’on aborde les sûtras on peut être assez décontenancé par ces textes qui sont au premier abord, soit abscons soit excentriques dans leurs descriptions. La question qui se pose est « comment lire ces sûtras » ?

Toujours Dôgen, nous dit : « Si on appelle la lecture des sûtras la « lecture des sûtras », on la souille, si l’on ne l’appelle pas la « lecture des sûtras », on la trahit. On ne l’obtient donc pas avec le mot ; on ne l’obtient pas non plus sans mot. Que dire alors ? Répondez vite, répondez vite ! ». On aimerait avoir la réponse en effet, mais l’interrogation nous oblige à faire preuve de créativité pour lire ces textes. Des auteurs comme Eric Rommeluère3 et Roger-Pol Droit4 nous donnent des pistes de lecture. Le premier nous dit que la lecture qui peut en être faite, n’est pas une lecture littérale mais qu’il s’agit d’avoir un déchiffrement herméneutique5 de ces textes. Le second écrit : « Le discours du Bouddha ne vise pas la vérité mais le salut. Le Bouddha n’enseigne ni l’agréable ni le vrai en général, mais seulement ce qui est utile sur le chemin conduisant au nirvâna. Le discours du Bouddha ne se plie pas à l’ordre du concept, qui toujours implique une prise. Sa singularité est de se déployer tout entier sur la rive à quitter -celle de l’illusion, du désir, de l’attachement, de la souffrance- et pour la quitter, mais sans rien pouvoir dire de l’autre rive, strictement ineffable et non représentable. » L’ami Henri6 répondait récemment à une autre personne « il faut lire et méditer » ce que rappelle Roger-Pol Droit : « La sapience (prajnâ) et l’activité intellectuelle qu’elle implique sont indissociables de la méditation et du recueillement (dhyâna). » en effet la lecture des sûtras ne peut être qu’intellectuelle car « Le langage n’est pas seulement déficient, au sens où il apparaît foncièrement inapte à exprimer le réel, il génère, inévitablement, illusion et ignorance. » Toujours pour suivre ce même auteur et « paraphraser » Vimalakirti, nous dirons que «  Seul le silence est vrai. Et la sapience ne culmine pas dans un savoir, mais dans la « compréhension » qu’il n’y a rien à savoir ni à comprendre. »

Par quel sûtra commencer ? Dôgen énonce que tous sont des accès à la Voie, il y a ceux du Mahayana7 destinés aux êtres d’éveil et il y a ceux du Hinayana8 destiné à la multitude des éveillés, mais tous sont également les ustensiles de la grande Voie.  Si les seconds sont accessibles à tout le monde et peuvent être pratiqués individuellement, pour autant d’avoir de la constance, les premiers concernent plus ceux qui décident, par leur pratique du Dharma, de s’engager dans la vie, dans le monde.

Les anciens maîtres du zen s’éveillèrent par la nature. Reiun Shikin s’éveilla à la Voie en regardant les pêchers en pleine floraison ; Kyôgen Shikan s’éveilla à la Voie en entendant la voix d’un bambou qui claquait ; de même Shâkyamouni s’éveilla à la Voie en regardant l’étoile du matin. Car finalement ce qui est appelé « les sûtras » n’est autre que cet univers entier des dix directions. C’est avec les montagnes, les fleuves et la grande terre que les Patriarches reçoivent les sûtras et qu’ils prêchent les sûtras ; c’est avec le soleil, la lune et les étoiles qu’ils reçoivent les sûtras. Et toujours Dôgen nous dit d’étudier les sûtras et leur sens profond auprès des montagnes et des mers, d’en faire la norme de notre pratique de la Voie.

La Nature est pour nous un exemple parfait d’enseignement juste. Depuis la fin des temps elle reste elle-même et nous donne à apprendre en fonction de la compréhension que nous pouvons en avoir. Elle nous enseigne la solidarité, l’interdépendance, l’impermanence, la renaissance, le don.

En fait aussi nombreux que soient les sûtras, Dôgen nous prévient que nous n’avons pas à comprendre quatre-vingt mille sûtras ! Il s’agit de faire réellement de sa vie un sûtra comme les amis de bien (les maîtres zen) font des sûtras la terre du royaume, leurs corps et cœur, leur pratique assise (zazen), leur coucher et leur marche en silence (kinhin). En assimilant les sûtras, « Les sûtras nous assimilent en nous-mêmes (nous transforment) ». Vivre pleinement l’instant présent de la manière la plus simple et naturelle, en communion avec notre environnement, telle pourrait être la lecture des sûtras.


1 http://www.zen-occidental.net/dogen.html

2 https://fr.wikipedia.org/wiki/Zazen

4 Le silence du Bouddha ; et autres questions indiennes, Roger-Pol Droit, Hermann, 2010

5 L’herméneutique, du grec hermeneutikè, ἑρμηνευτική [τέχνη], art d’interpréter, hermeneuein signifie d’abord « parler », « s’exprimer » et du nom du dieu grec Hermès, messager des dieux et interprète de leurs ordres, est la théorie de la lecture, de l’explication et de l’interprétation des textes.

6 http://zafu-nantes.blogspot.fr/

7 https://fr.wikipedia.org/wiki/Bouddhisme_mah%C4%81y%C4%81na

8 https://fr.wikipedia.org/wiki/Bouddhisme_h%C4%ABnay%C4%81na