Le miracle de la vie

Méditer c’est goûter le miracle de la vie.

« Il y a deux manières de laver la vaisselle : la première, c’est laver la vaisselle pour avoir des assiettes propres ; la seconde, c’est laver la vaisselle pour laver la vaisselle.

SI nous lavons la vaisselle en pensant à ce qui nous attend après -une tasse de thé par exemple- nous allons tenter de nous débarrasser de la vaisselle au plus vite. Celle-ci devient une véritable corvée. Ce n’est pas laver la vaisselle pour laver la vaisselle. Pendant tout ce temps, nous ne sommes pas vraiment vivants car complètement ignorants du fait que c’est un authentique miracle de la vie que d’être debout, là, près de l’évier !

Nous nous trouvons constamment aspirés par le futur, totalement incapables de réellement vivre la moindre minute de notre vie. Le miracle, c’est de vivre profondément le moment présent. »

Thich Nhat Hanh

Les méthodes habiles

Vimalakirti était un laïc vêtu de blanc. Ce n’était donc pas un moine et pourtant on pourra voir que même les disciples du Bouddha avaient une grande considération pour lui.

En même temps il faisait des démarches que les moines réprouvaient : il fréquentait les « casinos » (de l’époque), se baladait au milieu de la foule, allait dans les tribunaux, dans les universités, les écoles, les maisons closes, les bars etc. Mais en fait il allait dans tous les lieux, où justement les moines n’allaient pas, pour rencontrer ceux qui s’y trouvaient en souffrance et les aider à s’en sortir.

Pour cela il utilisait ce qu’on appelle dans le bouddhisme : des « moyens habiles ». Il était réputé pour avoir cette créativité, cette capacité à sortir des sentiers battus pour trouver des solutions qui parleraient, qui conviendraient à chaque personne individuellement.

« Ainsi Vimalakirti, était : « toutes choses pour tous les hommes ». Le bouddhisme mahayana attache une très grande importance à cette capacité, cette qualité particulière, cette aptitude à être toutes choses pour tous les hommes. » 1

Upāya (méthode en sanskrit) est la capacité, développée au plus haut point chez les bouddhas et les bodhisattvas, de choisir le meilleur moyen de guider les êtres en fonction de leurs besoins et possibilités propres à un moment donné.2

Il ne s’agit donc pas d’appliquer et de transmettre des dogmes qui devraient coller à tous mais de trouver le moyen le plus juste, le plus adapté pour entrer en relation avec une personne, qu’elle puisse comprendre le langage tenu et mettre en application ce qui lui permettra de moins souffrir. Même s’il est très différent, de par sa vision systémique et sa sagesse, il est capable d’être comme les personnes qu’il rencontre, à tel point qu’il ne paraît pas y avoir de barrière sociale ou culturelle entre lui et eux. Et en même temps chacun peut ressentir sa grande écoute, sa compassion infinie, son incommensurable sagesse. En fait il est tout simplement présent, réellement présent, entièrement présent avec les personnes qu’il rencontre. Et en réponse il permet à ces personnes de contacter cette présence, pour la mettre en œuvre eux-mêmes.

Admiré par beaucoup de personnes dont le roi, les ministres, les fonctionnaires et toutes sortes de responsables il fait croire qu’il est malade pour que tous viennent le voir dans un état d’être déjà plein de compassion. Et ainsi il peut leur parler du Dharma en dépassant les barrières sociales. Finissant par le fait que le médicament ultime est d’engendrer l’esprit de l’insurpassable Éveil authentique et parfait.


1 The Inconceivable Emancipation – Themes from the Vimilakirti Nirdesa’, © Sangharakshita, 1990, traduction © Centre Bouddhiste Triratna, 2002

L’esprit ici et maintenant est le Bouddha.

Les grands enseignants du bouddhisme zen nous disent que notre pratique ne doit pas être la recherche de l’obtention de quelque chose (Mushotoku : sans esprit d’obtention) mais au contraire un abandon (Shin jin datsuraku : abandonner le corps et l’esprit). Le mental doit abdiquer. Alors lorsque nous laissons zazen (la méditation) faire zazen le temps se dépouille de lui-même et disparaît au profit de l’immédiateté. Les Anciens disaient que si notre esprit est clair, alors le ciel peut s’effondrer, la terre peut se désintégrer et nous serions en mesure de tout comprendre.

Si nous faisons l’expérience authentique de cette immédiateté ne serait-ce qu’un tout petit instant – nous pouvons comprendre.

Il s’agit bien d’une expérience totale qui n’a pas de rapport avec une connaissance intellectuelle acquise, mais d’un état d’être, présent, ici et maintenant. Tout semble posé, clair, rien n’est à bouger, c’est cela « l’esprit ici et maintenant est le Bouddha ».

Au quotidien il y a cette présence ouverte, cette écoute de la vie qui se manifeste dans l’instant. Nous réalisons qu’individuellement, toute vie n’est pas conditionnée par la forme et n’a pas d’existence autonome. Cette notion d’être totalement là, qui se réactualise instant après instant, est soutenue par une pratique continuelle et la vie devient un témoignage de ce vécu. Comme le disait Gandhi : « Ma vie est mon seul enseignement. »

« L’esprit ici et maintenant est le Bouddha » est l’actualisation de notre nature de Bouddha, en faisant l’expérience de notre vie quotidienne.

« L’esprit ici et maintenant est le Bouddha » ne signifie pas que l’on croit en quelque chose de spirituel appelé «esprit» mais affirme que la réalité est seulement dans le temps «maintenant» et dans le lieu «ici». Cette réalité peut-être appelée « bouddha ». Ce retour à la réalité est un retour à l’unité avec le thème de la pratique au centre. C’est l’unité originelle et immédiate du coeur et de l’Éveillé.

Abandonner le corps et l’esprit représente la réalité dans le présent, celle qui n’est ni tournée vers le passé, ni préoccupée par le futur. C’est la pureté qui ne peut ni être souillée par l’eau sale, ni affectée par des éléments extérieurs. « L’esprit ici et maintenant est le Bouddha » c’est la pureté de notre esprit, non troublé. C’est avoir un esprit clair et lumineux. Le véritable esprit de Bouddha n’a que faire des spéculations.

Qu’est-ce qu’un esprit clair et lumineux ? Les montages, les rivières, la terre, le soleil, la lune et les étoiles. Les montagnes, les rivières et la terre ne sont que montagnes, rivières, terre, et ne sont rien d’autre. Les vagues et les nuages n‘ont aucun intérêt. Le soleil, la lune, les étoiles ne veulent rien dire d’autres que soleil, lune et étoiles. Il n’y a ni brouillard, ni brume. L’esprit naissance et mort, c’est seulement naissance et mort, passé et avenir. Il n’y a ni illusion, ni illumination.Comme le dit Hegel : « La grande ruse, c’est que les choses soient comme elles sont. »

La phrase « L’esprit ici et maintenant est le Bouddha » nous dit que la sagesse existe par elle-même et c‘est cela la véritable essence de l’éveil. Tout un chacun possède intrinsèquement l’éveil. Cette essence contient à la fois l’illusion et l’illumination. En effet elle peut être comprise de différentes manières. On peut prendre l’esprit pour le mental, on peut aussi le prendre pour une « âme » qui se réincarnerait et enfin on peut se dire que puisque tout est là il n’y a rien à faire, nous sommes déjà des éveillés et qu’il n’y a pas besoin de pratiquer. Tout cela induit en erreur. Cette immédiateté ne se trouve pas souvent au point de départ, mais nécessite une longue pratique et d’être sans cesse réactualisée. C’est pourquoi le plus souvent le bouddhisme préconise de ne pas étudier seul mais de trouver un enseignant qui soit dans une lignée qui garantisse son enseignement.

Un bouddha est celui dont « l’esprit ici et maintenant est le Bouddha ». Lorsque les bouddhas du passé, du présent et du futur réalisent l’éveil, ils sont instantanément le Bouddha Shakyamuni. Quand le Bouddha s’est éveillé il a dit « Moi et tous les êtres sur la terre entière avons simultanément réalisé l’éveil ». Telle est la signification de « l’esprit ici et maintenant est Bouddha ». Mais cela ne veut pas dire que chaque éveillé est un clone du Bouddha Shakyamuni au contraire l’éveil permet l’éclosion de cette multiplicité apparente avec au coeur cette présence.

Et si nous avons la chance, aujourd’hui, de pouvoir entendre ne serait-ce qu’une seule phrase du Dharma du Bouddha, c’est grâce à la pratique constante et ininterrompue de tous les bouddhas et des patriarches qui sont « l’esprit ici et maintenant est le Bouddha ».

Entre ciel et terre

« Voici ce que réalisa le Bouddha : l’ignorance de notre vraie nature est la source de tous les tourments du samsara, et la source de cette ignorance elle-même est la tendance invétérée de notre esprit à la distraction. Mettre fin à cette distraction, c’est mettre fin au samsara lui-même. La solution, comprit le Bouddha, était donc de ramener l’esprit à sa vraie nature par la pratique de la méditation.

Le Bouddha était assis sur le sol, serein, digne et humble à la fois; le ciel était au-dessus de lui et autour de lui, comme pour nous montrer qu’en méditation, nous sommes assis avec une attitude d’esprit ouverte et semblable au ciel, tout en restant présents à nous-mêmes et en étroit contact avec la terre. Le ciel est notre nature absolue, sans entraves ni limites, et le sol est notre réalité, notre condition relative, ordinaire. La posture que nous adoptons quand nous méditons signifie que nous relions l’absolu et le relatif, le ciel et la terre, comme les deux ailes d’un oiseau, intégrant le ciel de la nature immortelle de l’esprit et le sol de notre nature mortelle et transitoire. »

Sogyal Rinpoché

La tranquillité de l’esprit

Shikantaza, notre zazen c’est juste être soi-même. Quand on n’attend rien, on peut être soi-même. C’est notre voie, vivre pleinement chaque instant. Cette pratique ne cesse jamais.

Shikantaza est habituellement traduit par « juste s’asseoir ». On s’assoit, et on ne fait plus rien, ne pas penser, ni réprimer ses pensées, ni se laisser entraîner par elles.

S’asseoir en shikantaza, sans bouger, sans rien attendre, comme si vous viviez votre dernier instant.

Nous sommes là à mourir à nos représentations pour être « soi-même »

Commencez par expirer doucement puis inspirez.

Le point important est votre expiration. Au lieu d’essayer de revenir à vous en inspirant, disparaissez dans la vacuité en expirant.

Si on se centre trop sur l’inspiration on en revient à soi, à se protéger, à se consolider donc à ne pas changer, rester dans notre fonctionnement habituel et pathologique (le samsara, la route des habitudes).

Si nous pouvons être calmes et …/… nous fondre dans la vacuité, alors, naturellement, tout ira bien.

Prendre soin de son expiration c’est au contraire lâcher-prise, ne plus se retenir à rien, s’ouvrir à la vacuité, à tous les possibles.

Citations de Shunryu Suzuki – Libre de soi, libre de tout – Éditions du Seuil – 2011

33| Développer on énergie par la respiration

Dès que le mental, ou les émotions, ou le corps vous appellent, vous distraient vous pouvez revenir à la respiration. Elle fait le lien entre ces trois plans et nous permet de revenir ici et maintenant.

Une technique pour développer son énergie, si on s’endort, est de visualiser son corps qui s’enracine dans la terre. Des racines partent du bas de notre corps pour s’étendre dans le sol.

En même temps on peut imaginer le crâne qui serait comme un capteur qui recevrait l’énergie cosmique

Et entre les deux nous respirons de tout notre corps. Chaque inspire semble remplir notre corps comme si celui-ci était vide. Nous pouvons même amplifier cette sensation de remplissage d’énergie en visualisant que nous inspirons par tous les pores de la peau.

Notre corps devient de plus en plus lumineux et plein d’énergie.

Inviter la cloche

Inviter la cloche est une expression employée par le maître zen vietnamien Thich Nhat Hanh :

Le son de la cloche nous rappelle que nous devons nous concentrer sur notre respiration et revenir à nous-même.
Le son de la cloche est la voix du Bouddha qui nous incite à toucher la joie et la paix à l’intérieur de nous-même.

On invite la cloche une première fois pour entamer votre méditation, puis une seconde fois pour la clore.

C’est une bonne idée de placer une cloche dans un lieu […] de la maison. N’importe qui pourra inviter la cloche dans un moment de grande tension. Et d’un commun accord, chacun, au son de la cloche s’arrêtera et fera trois respirations conscientes avant de revenir à ce qu’il faisait.

En respirant et en écoutant la cloche, vous prenez profondément conscience d’être vivant. Être vivant est magique. Respirer est un miracle.

(Thich Nhat Hanh – Commencer à méditer, conseils pour pratiquer chez soi – 2014 – Pocket)